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Voix et orchestre

Toute personne qui parle ou qui chante, trace dans l’air, selon son âge, son sexe, sa tessiture, sa langue maternelle, sa culture, son état de santé ponctuel, sa morphologie, son état postural, sa structure psychologique et son état émotionnel du moment, une éphémère et subtile signature vocale. Signature qui peut-être photographiée sur le plan spectral, c’est-à-dire qu’il est possible d’observer en temps réel, sur un écran, le nombre et la répartition des énergies de chacune des harmoniques qui la composent et représentent en quelque sorte son empreinte, sa fragrance acoustique.

Tout comme un parfum est composé d’un mélange de molécules odorantes à fort pouvoir dispersif, un son est, en effet, composé de plusieurs sons (qu’on appelle les harmoniques de ce son). Chacune de ces harmoniques possédant une énergie vibratoire variable propre. Ce qui fait la beauté d’un son en général et d’une voix en particulier est déterminé par le nombre des harmoniques de cette voix (la richesse du timbre) et, et c’est là le point capital, par la répartition de l’énergie vocale sur chacune des harmoniques qui la constitue.

Ce qui est très intéressant c’est que du fait de la structure fractale des sons, cette analyse est valable à tous les niveaux d’émission : que la source sonore soit un instrument soliste, un ensemble instrumental ou un orchestre symphonique. Ce qui revient à dire que la photographie sonore (appelée sonagramme) d’un orchestre ou de n’importe lequel des instruments de cette orchestre et en particulier celle d’un son émis par une voix sont absolument de même nature ; et que par conséquent les lois qui régissent le réglage artistique du son d’une voix ou de celui d’un orchestre sont exactement les mêmes. Réglage qui, dans ce dernier cas, se fait en plusieurs étapes : chacun des musiciens doit déjà extraire de son instrument - qu’il aura choisi le plus performant possible (richesse du timbre) -, des sons esthétiques et faisant émotionnellement sens ; c’est-à-dire qu’il lui faut, pour chacune des notes qu’il joue, contrôler la répartition d’énergie entre les harmoniques, contrôle qui se fait à l’oreille. Puis, au cours du concert, comme un chef en cuisine dose les divers ingrédients de la recette en cours, le chef d’orchestre doit équilibrer les énergies des divers sons qui lui parviennent pour rendre optimales les nuances de la partition qu’il est en train de diriger. En osant une comparaison gustative on pourra dire que le concert (comme le plat) pourra être divin si le chef est un grand maestro, si l’œuvre (ou la recette) est écrite par un maître, si chacun des instruments et des musiciens (les ingrédients) est de qualité et enfin si le chef peut faire passer ses intentions à l’ensemble des intervenants (la comparaison semblant devoir s’arrêter là puisqu’il semble à priori difficile d’imaginer un cuisinier sain d’esprit communiquant avec son rôti…)

L’hypothèse, jubilatoire, formulée au départ de des travaux évoqués plus haut était qu’entre, d’une part, la signature acoustique produite lors d’un moment magique, par un orchestre dirigé par un grand chef, au cours de l’exécution d’une œuvre géniale et, d’autre part, la signature acoustique produite par le son de la voix humaine, il pouvait exister, en vertu de ce qui a été exposé au paragraphe précèdent, un lien de corrélation de nature congruente. Et que, par la grâce de ce lien, ces deux signatures acoustiques pouvaient être mises en correspondance, ou plus précisément en filiation.

Le problème à résoudre étant alors de trouver la passerelle permettant de transférer les valeurs des paramètres du réglage transcendant de ce moment de haute intensité musicale et spirituelle vers ceux qui règlent l’émission de la voix afin de mettre cette dernière en phase avec la signature symphonique relative à cet instant privilégié.

Baudelaire disait que « certains parfums ont l’extension des choses infinies », est-il possible pour une voix d’être humée à ce même niveau ? Ou pour le dire autrement est-il possible de parfumer sa voix à la fragrance du son transcendant d’un moment musical d’essence supérieur ?

Roger Fabien Amoretti

Fabien Amoretti

Professeur de mathématique et artiste lyrique
Ancien responsable des ateliers voix à l'I.U.F.M. de Paris
Ancien chargé de mission sur la voix au Ministère de la Recherche
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